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Le style Régence (1700 1730)

Faisant suite à une période de faste et de majesté, le style Régence devient moins imposant et fait la transition entre les styles Louis XIV et Louis XV. Toutefois, il débordera largement les huit années de la Régence de Philippe d’Orléans, couvrant à la fois la vieillesse de Louis XIV et la jeunesse de Louis XV.

En ce début de siècle l’état d’esprit a beaucoup changé : après les dernières années solennelles et sévères de Louis XIV, la société a envie de plaisir, d’intimité, de légèreté plutôt que de faste et de protocole. Versailles a perdu son attrait au profit de salons mondains.

Le mode de vie de l’époque étant en train de changer, les intérieurs de maison se modifient eux aussi. Les pièces sont moins grandes et moins fastueuses ; les salons, boudoirs et chambres sont plus intimes. Les petites pièces d’appartement ont la faveur des nobles et des bourgeois de l’époque, ce qui explique que les meubles soient de proportions plus réduites.

L’ORNEMENTATION ET LES MOTIFS DÉCORATIFS

C’est actuellement par la connaissance des motifs d’ornementation que nombre de meubles qui avaient encore conservé la forme générale du style Louis XIV se différencient.

Lers lignes courbes et ondulées s’affirment sous la Régence ; l’angle droit demeure, mais il est très souvent adouci par un motif : l’espagnolette.

La mouluration devient plus fine et moins saillante. Les panneaux adoptent différentes formes : cintrés vers le haut, en chapeau ou bien asymétriques.

Les motifs décoratifs sont communs aux bois et aux bronzes. Le motif le plus remarqué est la coquille. Les masques vont disparaître pour être remplacés par des têtes féminines, des fleurs, des feuillages, des fleurs exotiques, des plumes de paon : La feuille d’acanthe conserve sa vogue ; toutefois des feuilles dites « godronnées » à bord ondulé apparaissent.

LES MATÉRIAUX

Les matériaux utilisés changent également. Le marbre est délaissé au profit des boiseries plus fines, blanches, richement décorées et sculptées de motifs galants, à thèmes célébrant l’amour : anges, Vénus, Psyché, reprennent leurs droits sur les symboles mythologiques de guerre ou de chasse de l’époque précédente.

Des bois différents sont utilisés selon l’image des meubles. Le mobilier courant est en sapin ou en peuplier, alors que le mobilier, de prestige est en chêne. Hêtre, noyer, bois fruitiers, tilleul servent surtout à la réalisation des sièges ; enfin, de nombreux bois exotiques comme le bois de rose, le bois de violette (palissandre) et l’émeraude, servent au placage de marqueterie, l’ébène ayant été abandonnée.

La marqueterie d’étain et d’écaille, encore utilisée par les fils Boulle, n’intéresse plus que de rares fervents.

Le bois doré, déjà à la mode au siècle précédent, s’affirma encore dans ce sens. Le bois naturel, décoré d’une fine ornementation, retrouve une certaine faveur ; le bois massif, quant à lui, demeure une valeur très appréciée.

Qu’il soit doré au mercure ou bien verni en couleur or, le bronze est encore très employé. On l’utilise à des fins diverses : pour cerner le plateau des meubles, pour renforcer l’encadrement des tiroirs, pour réaliser les mains (ou poignées), pour protéger les pieds, pour adoucir les angles.

LE MOBILIER

Le mobilier de la Régence s’allège ; on redécouvre tout à coup la beauté du bois massif entraînant la chute d’André Charles Boulle.

Les tables, sont de dimensions beaucoup plus réduites que précédemment ; elles perdent leur aspect massif. Leur plateau est en marbre ou en bois selon leur nature (tables de salon ou tables simples). La ceinture est découpée en C ou en arbalète, mais toujours ornée de motifs. Le piétement se transforme : l’entrejambe disparaît, les pieds en balustre, en gaine disparaissent au profit des pieds de biche et des pieds en console.

Le bureau Colbert est un bureau plat ; il comporte trois tiroirs ornés de bronze ciselé. Le piétement en pied de biche se termine en sabots fourchus. Les angles sont garnis de bronze.

Outre le bureau plat, on trouve le secrétaire à abattant qui est en bois massif sculpté ou non. Le corps inférieur se compose de trois parties, dont une en retrait pour le passage des jambes. La partie supérieure est à dessus brisé, c’est à dire en dos d’âne.

Les commodes, ont désormais pris une importance capitale, les coffres n’existant plus. Deux styles de commodes se partagent les faveurs de la clientèle : la commode à la Régence et la commode en arbalète. Cette dernière fut inventée par Boulle aux alentours de 1715, mais elle fut reprise par Cressent qui lui donna la forme dont s’inspirera la commode Louis XV : façade renflée d’une courbe ample, avec deux tiroirs séparés par une traverse fixe.

Si les sièges Régence ne sont pas loin des sièges Louis XIV sur le plan des formes, ils présentent cependant une innovation : les dossiers et les ceintures sont en accolade. Les pieds sont chantournés en forme de pied de biche ou ramassés et trapus. Le cannage, interdit sous Louis XIV, est réhabilité et fort à la mode. Les fauteuils garnis, pour leur part, présentent pour la première fois des accotoirs rembourrés ou « manchettes ».