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De fil en aiguille

INITIÉE DÈS L’ENFANCE AUX TRAVAUX D’AIGUILLE, NADIA FIKRI RACONTE AUJOURD’HUI SA PASSION POUR LA BRODERIE SOUS LA MARQUE CARRÉ BRODÉ, AUTOUR DE MOTIFS INSPIRÉS, ORIGINAUX ET LÉGERS QUI ENCHANTENT LE LINGE DE MAISON.

C’est auprès de sa mère que Nadia Fikri découvre, très tôt, le plaisir de croiser les fils. Avec le temps, ce qui était d’abord un jeu d’enfant devient une occupation agréable pour la jeune fille qui prend plaisir à confectionner tricots, mouchoirs brodés et autres cadeaux personnalisés, pour elle même et ses proches.

Née en 1968 à Khouribga, ville minière sans grandes distractions, Nadia fait de bonnes études. Après avoir obtenu un bac scientifique, elle suit le conseil paternel et entreprend uneformation engestion àCasablanca. "En fait,j’aurais voulu faire du stylisme, mais à l’époque, ce n ’était pas évident. Pour la famille, il fallait a voir un vrai métier", explique la jeune femme. Maîtrise de gestion en poche,elle intègre le groupe de cosmétiques L’Oréal, où elle occupe un poste de responsable en marketing. Là, elle acquiert une solide formation qui lui sera utile lorsqu’elle décidera, plus tard, de lancer sa propre société, Carré Brodé, avec sa marque déposée. En 2003, une restructuration du groupe lui permet de partiravec un petit pécule qui l’aidera à réaliser son rêve d’enfant. Désormais, son objectif est de vivre enfin de son art.

Nadia opte pour la broderie machine plus sûre à gérer et moins contraignante que la broderie main et choisit, pour, se démarquer, le style contemporain. La jeune femme démarre son activité dans son atelier installé à son domicile et se met à broder sur divers tissus. Elle commence à travailler pour des particuliers et décide d’élargir sa clientèle, avec des réalisations de plus en plus élaborées.

Elle propose alors sa collaboration à Balzatex, professionnel du linge de maison, qui désire agrémenter ses articles de motifs originaux. Des motifs qu’elle pose en touches légères sur des étoffes naturelles et des éponges douillettes. L’artiste s’inspire de l’artisanat marocain, de bijoux berbères, de formes géométriques, végétales et animalières et d’idées captées dans l’airdu temps. Le linge brodé est constellé de petites étoiles dorées et argentées, parsemé de grains de riz en fil serré, orné de paillettes scintillantes, de jours aériens minutieux. Le tout, dans une harmonie de couleurs qui se fondent sans jamais se brouiller.

Après avoir parcouru les couloirs d’un immeuble relativement ancien, la surprise est grande lorsque l’on découvre cet appartement. Une douce iimersion dans un univers contemporain qui tranche radicalement avec l’environnement extérieur. Sur un premier niveau qui fait office d’accueil, quelques marches en bois sombre transportent directement au cour de l’espace régit par une géométrie fort bien organisée.

S’il a bien fallu casser seulement quelques murs, l’aménagement originel est toujours là, redessiné par la rectitude de lignes droites et aéré par de larges ouvertures. Pièce maîtresse des lieux, une cuisine à l’américaine prend ses aises sur une bonne partie de la largeur de la surface. Faisant face au séjour et à la salle à manger qui se côtoient le long des baies vitrées, elle fut la première installée, et son habillage en inox, mélaminé ivoire et impression bois noir, ont été décisifs sur le reste de l’aménagement.

C’est la salle à manger qui lui donne d’abord la réplique. Juchée sur une estrade recouverte d’un parquet en wengé, celle ci réserve également des idées intéressantes. En guise de table, un plateau en verre laisse clairement voir les tréteaux en aluminium qui le soutiennent. Le buffet, habillé de wengé, n’est autre qu’un meuble de cuisine détourné pour l’occasion et qui s’adapte fort bien à la situation. Un véritable enchantement par la souplesse de ses tiroirs I Des stores en bois complètent l’ameublement, striant de lignes droites une lumière généreuse ou tamisant dans uni jeu toujours subtil une atmosphère teintée de rouge. Cette finition, il fallait l’oser pour tenter de dissocier le coin repas et créer unie vraie rupture avec le reste des lieux, uniformisé dans un blanc grisé. Après un bon mois et demi de débat et de recherche sur la bonne teinte qui ont abouti au choix de cette couleur de feu, cette ancienne terrasse déjà récupérée dans la configuration précédente, occupe aujourd hui une place d honneur dans l’appartement.

A côté, le coin salon se fait moins chaleureux. Mais plus confortable, avec deux larges canapés en cuir noir qui invitent à la détente. Les étagères soulignant sobrement le mur et la table basse sont un autre écho en bois foncé avec cette recherche constante de lignes droites et pures. Le graphisme ambiant qui en résulte, combiné aussi bien par les formes du mobilier que par les découpes de l’espace, traduit d’une certaine facon une organisation claire et nette. Et justement, fort bien placés, deux panneaux de rangement quadrillent de façon symétrique chacun des cétés de l’allée centrale séparant cuisine et coins de réception.

La chambre de maître, perchée à l’étage, respecte les mêmes consignes. Après avoir monté les quelques marches en bois foncé, il faut faire coulisser un panneau de même essence pour pénétrer dans un ensemble tout en sobriété. Des rangements latéraux profitent de la porte d’entrée pour se dissimuler tandis qu’un deuxième coulissant recèle une salle de bains graphique. Sols et murs sont ici habillés d’un même carrelage facon métal noir oxydé laissant aux encoignures claires le soin de dessiner un fin liseré. La vasque carrée sobrement blanche contraste parfaitement avec la noirceur des lieux. Au dessus, un miroir prolonge la vue sur le dressing avec rangements ouverts installé en face. Réalisé en bois blond, il crée une trêve claire dans la dominante de bois foncé. Et décidemment, cet ordre ambiant qui règne partout dans la maison traduit une parfaite maîtrise de l’espace et au détournement d’objets.

Arrivée au Maroc rien n’a changé. Anticonformiste, elle fait fi des codes traditionnels de la décoration et après avoir revu les volumes de sa maison pour y faire entrer plus de lumière naturelle, elle entreprend de lui donner une âme. Nourrie de ses nombreux voyages en Europe, en Tride, au Pérou, au Sri Lanka, en Amérique du Sud... elle mêle les cultures et les objets dans un joyeux bric à brac ordonné, sans cesse en mouvement, car Aurélia est toujours en quête d’esthétisme et de graphisme. Toute occasion est prétexte à mettre en scène le quotidien, comme lorsqu’elle reçoit pour des "dînettes" entre copines, prépare le petit déjeuner familial ou organise des goûters d’enfants. Elle dispose alors sa vaisselle rouge à pois blancs chinée patiemment aux puces, change la couleur d’un mur, joue avec les matières, créant ainsi un cadre plein de vie qui éveille la gourmandise. Pour ajouter à l’extravagance du lieu, une serre à moitié vitrée remplie de plantes exotiques évoque une forêt tropicale et fait office de jardin. Elle la doit à son mari, Sadek Tazi, qui est de son côté passionné de plantes et à l’origine d’une des plus belles pépinières de Casablanca.

Couleurs chatoyantes, foisonnement d’objets et d’accessoires composent ainsi un univers luclique et nomade au charme incontestable. L’intérieur tient de la caverne d’Adi Baba ou de Tile aux trésors" en rassemblant les réalisations et les trouvailles encore en attente d’être exploitées. Car si Aurélia ne manque pas d’idées, elle manque en revanche de temps, partagée entre son métier de décoratrice étalagiste et surtout son bébé de neuf mois qui réclame toute son attention. Elle ne peut pourtant s’empêcher de trouver de temps en temps refuge dans son atelier fourmillant d’accessoires pour y concocter d’improbables objets à l’esprit souvent enfantin, comme de petits tabourets tapissés de papier ou des rideaux en bouchons de bouteilles. Entre écologie et création, une jolie façon de recycler les « dé chets", tout à fait dans l’air du temps.