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Accueil du site / Saâd Hassani

Saâd Hassani

CE PEINTRE PARMI LES PLUS TALENTUEUX A CONTRIBUÉ ACTIVEMENT À L’ANIMATION DU CHAMP PLASTIQUE MAROCAIN. INSTALLE À LACAMPAGNE DEPUIS PEU, L’HOMME PARTAGE AUJOURD’HUI SON TEMPS ENTRE SES ATELIERS DE CASABLANCA ET DE BOUSKOURA OÙ IL N’A DE CESSE DE RÉÉLABORER LATOILE À COUPS DE PINCEAU INTERMITTENTS, INCISIFS ET NERVEUX. VISITE PRIVÉE.

Maisons du Maroc Vous vivez maintenant à Bouskoura ?

Saâd Hassani : Je n’ai pourtant jamais pensé vivre un jour à la campagne. C’est la naissance de mesjumeaux qui m’a décidé à revoir mes idées. Je ne pouvais pas continuer à les regarder grandir dans un appartement inconfortable situé au centre de Casablanca, dans un quartier pollué. N’aimant pas les compromis, plutôt que de m’établir dans une villa avec un jardin,j’ai choisi de me fixer dans un lieu avec beaucoup d’espace.

MDM : Comment s’est déroulé le déménagement de la ville à la campagne ?

S. H. : De façon agréable. Le terrain est bien boisé avec des oliviers et des amandiers. J’ai découvert avec bonheur ce que la vie à la campagne peut apporter à un peintre. En premier lieu, ce recul nécessaire par rapport au rythme agité de la ville et ce silence que l’on ne connaît plus quand il fait jour à Casablanca.

MDM : Vous avez fait de grands travaux ? Qu’est ce que vous avez privilégié côté déco ?

S.H. :On a restauré un peu, maissansdénaturerle caractère rustique de la demeure. On a creusé un grand bassin à l’ancienne pour offrir une piscine aux enfants. On a ajouté des cheminées pour l’hiver. Pour la décoration, nous avons tout fait avec l’aide de l’architecte Hafid Aouad quia préservé le côté campagnard et simple de la bâtisse. Les meubles sont à la fois confortables et épurés.

MDM : Vous avez toutefois conservé votre atelier à Casablanca ?

S.H : Oui, mais la construction d’un atelier à Bouskoura est en chantier. L’architecte Khalid Molato en est le concepteur. L’idée de cet atelier est liée au besoin d’être près de mes enfants. Je veux leur permettre de garder le contact avec l’atmosphère d’un atelier et de l’occuper quand ils en ont envie. J’ai du mal à travailler la nuit dans celui de Casablanca. Je ressens à chaque fois l’envie de le quitter pour partager des moments avec ma famille. Celui de Bouskoura me réconciliera avec la peinture la nuit. Les deux seront complémentaires et favoriseront un plus grand nombre d’heures de travail.

MDM Quels sont les lieux qui vous affectionnez le plus à Casablanca ?

S. H. : Ce qui me touche en premier lieu dans cette ville, c’est la mer. Quand je m’absente longtemps à Paris, la première chose que je fais quand je rentre à Casablanca, c’est regarder la mer et humer l’iode. Ace sujet, la corniche de Kin Diab est un endroit fabuleux. Je la préfère l’automne et l’hiver. C’est là qu’elle offre une atmosphère intéressante et une lumière fascinante.

MDM : D’autres endroits vous touchent à Casablanca ?

S. H.:J’aime bien la vie nocturneà Casa. Le Balcon 33 est un night club qui, en plus de garantir tout ce que la nuit peut offrircomme fantasmes, donne la possibilité d’être autourd’une bonne table et d’avoir des échanges avec les amis. C’est un endroit où le personnel n’a pas changé depuis 30 ans. Quand on le fréquente comme moi depuis des années, on commence à faire partie du territoire : on est toujours bien accueilli.

MDM : Mais encore ?

S. H. : Une des tables que je préfère depuis des années, c’est la Bavaroise. La décoration, sympathique, rappelle les bistrots d’Aix en Provence. Je suis très exigeant côté gastronomie et la Bavaroise mérite sa réputation de lieu où l’on sert la meilleure entrecôte de Casablanca. J’aime aussi le Dauphin qui se trouve à proximité de mon atelier. Je m’y rends à pied quatre à cinq fois par semaine. J’aime l’accueil chaleureux dans ce restaurant qui est devenu le point de rencontre de nombreux artistes. J’aime aussi le fait que l’on puisse faire un tour en cuisine et choisir le poisson que l’on va manger.

MDM D’autres endroits vous tiennent à cour ?

S. H:Oui, la terrasse du café M au Hyatt Regency. Quand il fait bon, on est en contact direct avec le centre ville. On voit les immeubles, les enseignes lumineuses. Cette terrasse installe le consommateur de plain pied dans le Casablanca le plus urbain, celui qui rappelle les métropoles modernes.

MDM : Est ce qu’il existe un hôtel ou une maison d’hôte où vous vous rendez régulièrement quand vous quittez Casablanca ?

S. H. : J’ai une adresse qui n’est pas très loin de Casablanca, mais où j’aime me rendre autant que cela m’est possible. C’est l’hôtel des Arts à Dar Bouazza. Le lieu est superbe, la décoration originale et la cuisine excellente.

MDM : Êtes vous du genre à avoir un ou plusieurs livres de chevet ?

S. H. : Je lis surtout les journaux et les magazines. Je suis un grand consommateur de périodiques. En ce qui concerne les livres, je lis les monographies des peintres. En ce moment,je suis plongé dans la lecture intéressante d’une monographie sur Mark Rothko. J’y apprécie l’éclairage historique qui élargit les perspectives du travail analytique.

MDM : Et en musique ?

S. H. : Du classique et du jazz. J’aime les opéras de Mozart et les compositions de Brahms. Côté jazzy, je suis un inconditionnel de Charlie Parker et de Miles Davis.

MDM En cinéma ?

S. H. : J’aime tout Kubrick. C’est un créateur qui a posé à mes yeux une question essentielle dans l’art : comment peut on se renouveler constamment tout en gardant une empreinte reconnaissable ? Kubrick a fait des films 32

1. La terrasse du Café M de l’hôtel Hyatt Regency, qui fête cette année ses cinq ans, offre un contact direct avec le centre ville.

2. Le Balcon 33, à la fois night club et table de premier dans des registres très différents : la guerre, l’amour, la science fiction, le film historique, le drame, le film d’horreur... Et dans chaque genre, il a réalisé un chef d’oeuvre. En plus, sa préoccupation de l’image est si dense qu’on la dirait picturale. Il est presque normal qu’un peintre soit sensible aux films de Kubrick.

MDM : La transition est facile, quels sont les peintres qui vous touchent

S. H. : Bouchta El Hayani est une révélation pour moi. J’ai vu dernièrement l’un de ses tableaux. Mais qu’est ce qu’il est peintre ! Il l’est jusqu’au bout des ongles. J’aime aussi le travail d’llias Selfati. Sa dernière exposition est intéressante. En matière de peintres internationaux, Mark Rothko ne me quitte pas. Il est tellement présent dans mon esprit et mon travail que c’en est devenu une obsession. J’aime également le travail de Rauschenberg. J’ai passé de beaux moments avec les oeuvres de sa dernière exposition à Paris.

MDM Quel est votre dernier achat coup de cour ?

S. H. : Un portrait du peintre Mohamed Drissi. C’était un grand ami qui venait souvent à notre maison à Assilah. Il a toujours manifesté le désir d’offrir une oeuvre à ma femme qui avait de l’affection et de l’amitié pour lui. La triste nouvelle de sa mort a contrarié ce projet. Quand ce portrait a été présenté dans une vente ax enchères,je me suis empressé de l’acheter dans le but de l’offrir à ma femme.

MDM Quelle serait la journée idéale pour vous ?

S. H. : Être à bicyclette avec mes trois enfants à Florence. Cette ville est un immense musée en plein air. Chaque quartier, chaque rue recèle des merveilles. À bicyclette, on peut regarder de tous ses yeux sans rien rater du spectacle.