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Le style 1925

Alors que la Grande Guerre vient de secouer le monde, balayant toutes les exubérances du style précédent, et enterrant définitivement l’ancienne société, les valeurs se modifient, une teinte de déception encourage les jeunes à s’opposer aux idées de ceux qui n’ont pas pu prévoir et éviter la guerre. Un grand désir de changement entraîne un bouillonnement d’idées nouvelles. Les femmes ont beaucoup évolué, elles ont dû s’adapter à de nouvelles conditions de vie, leur mentalité s’en est trouvée transformée. Elles se veulent plus libres et sortent beaucoup. On se rencontre dans les brasseries à Montparnasse, où la Coupole et le Dôme sont les lieux d’élection des artistes de toutes catégories ; peintres, écrivains, architectes, décorateurs, sculpteurs, gens de théâtre, aiment à s’y retrouver. De nombreux immigrants (américains, espagnols, scandinaves et japonais) transforment l’esprit parisien, marquant de leur originalité le sens esthétique français. Les arts décoratifs sont très appréciés pendant cette période : l’exposition des Arts Décoratifs de 1925, présentée au public, permet la confrontation des oeuvres françaises et étrangères.

Les grands magasins offrent des rayons de mobiliers qui accordent l’utile à l’agréable ; cela choque un peu la clientèle qui rejette toutes formes austères et souhaite plus volontiers retrouver après la guerre une ambiance de joie, d’insouciance que les lignes courbes évoquent plus aisément que les formes cubiques : le style Arts Déco est né. On lui opposera le style fonctionnel dû à quelques architectes et artistes (Geopins, Le Corbusier) mais qui restera un style expérimental, conçu pour l’avenir proche puisqu’il sera le précurseur de notre mobilier contemporain.

LE MOBILIER

Le style Arts Déco s’inspire, pour ce qui est de la ligne courbe et sinueuse, de son prédécesseur de la Belle Epoque. Néanmoins, il est également influencé par le cubisme et l’art abstrait ; ceci a pour effet un certain décalage entre les formes et l’ornementation du mobilier.

Les lits, ont des chevets de hauteur inégale et de forme enroulée ou arrondie ; au contraire du Modern’style il n’y a pas de mouluration. Le cadre du sommier, richement décoré de ,,marqueterie d’ivoire, de bronze doré et de bois précieux, prend beaucoup d’importance. Les pieds qui soutiennent l’ensemble sont torses ou bien en fuseau.

Le divan est d’un type nouveau : sans chevet, il est destiné à être entièrement recouvert d’un dessus de lit et de coussins.

Les tables, retrouvent leurs formes géométriques simples : rondes, ovales, rectangulaires. On les fabrique en acajou, en palissandre et même en ébène. Le piétement, souvent droit et dépourvu d’ornementation, devient léger et gracieux. Le plateau est en marbre, mais on peut le trouver revêtu de cuir.

Les tables basses sont extrêmement prisées. Leurs pieds sont en fer forgé ou en bronze doré.

Les bureaux, sont de grande taille ; leur plateau est revêtu de cuir et comporte une ceinture en placage foncé. Sous le plateau on trouve des tiroirs dont les poignées et les serrures sont en cuivre, en bronze ou en argent. Le tout repose sur un piétement droit ou galbé mais dépourvu d’entretoise.

Les bibliothèques, sont des meubles imposants en ébène ou en palissandre. Elles se composent de deux petites armoires fermées par des portes pleines décorées d’un motif central ou bien marquetées. Le piétement bas est parfois remplacé par un socle.

La faveur des bibliothèques va diminuer au profit des rayonnages et des casiers.

Les armoires, luxueuses par leur bois (bois de rose ou ébène) et par leur ornementation souvent très riche, possèdent des portes dont les panneaux sont soulignés d’une moulure arrondie. Le fronton d’assez grande taille est lui aussi largement orné de bronze, d’argent ou de marqueterie. Le bas de l’armoire est souvent composé d’un grand tiroir.

Qu’elles soient en bois de rose, en chêne ou bien en bois laqué, les commodes Art Déco sont très réussies. Sous un plateau peu saillant se trouvent les tiroirs, généralement au nombre de trois. Les montants sont droits ou quelquefois légèrement renflés. La commode repose sur des pieds droits, galbés ou bien en fuseau.

Les sièges, sont nombreux et pour tous les goûts tant les formes sont diverses.

D’une façon générale, les fauteuils sont bas, les dossiers inclinés et raccourcis, les pieds massifs sont droits, incurvés ou inclinés.

On voit apparaître en France le fauteuil club volé aux Anglais. Ce fauteuil, entièrement recouvert de cuir ou de fourrure, possède un large siège qui s’incline vers le bas du dossier ; un gros coussin de cuir en augmente encore le confort. Les bras sont imposants, les pieds très courts et parfois même invisibles.

Les canapés, les plus prisés sont d’inspiration anglaise. Entièrement capitonnés, ils ont des bras épais et arrondis, un dossier très incliné.

On trouve également des canapés de style Louis XV ou Restauration à l’ornementation chargée.

Les dossiers des chaises sont bas et largement ajourés, Celles ci, souvent revêtues de cuir ont des pieds fins fuselés ou galbés. Richement ornées d’ivoire, de nacre ou de bronze, elles ont un aspect pompeux.

D’inspiration régionale on trouve des chaises cannées avec piétement droit et tourné ; quatre ou six entrejambes réunissent les pieds.

LES MATÉRIAUX

Style luxueux, le style Arts Déco n’est pas freiné par les problèmes de rentabilité ou de coût de revient ; c’est pourquoi les matériaux employés sont généralement de qualité mais aussi de prix élevé.

Les bois sont pour Id plupart sombres, qu’il s’agisse d’ébène, de palissandre, d’acajou ou de bois laqué. Quelques artistes emploient encore le citronnier ou le sycomore pour réaliser des placages clairs tranchants sur le bois foncé.

Les métaux les plus prisés sont encore les bronzes dorés et l’argent, mais deux nouveautés ont surtout la faveur des artisans : l’aluminium et l’acier chromé, utilisés pour les piétements des meubles.

Les cuirs voient leur vogue s’épanouir. Le cuir clair surtout prend bientôt autant d’importance que les tissus pour recouvrir les sièges. On l’emploie aussi suries plateaux de bureau ou de table et même suries pieds de certains meubles.

On utilise aussi la fourrure, en particulier l’ocelot, pour les sièges et les divans.

L’ivoire connaît un regain de faveur ; on l’utilise pour les incrustations et la marqueterie car il tranche bien sur les bois sombres.

Le marbre lui aussi revient en force et remplace le bois pour les plateaux des tables, guéridons et autres consoles.

L’ORNEMENTATION ET LES MOTIFS DÉCORATIFS

On utilise toutes les techniques de l’ornementation : les incrustations, la marqueterie, les panneaux décoratifs.

La sculpture sur bois, par contre, est quelque peu délaissée.

Les motifs décoratifs reflètent les deux tendances antagonistes de l’époque. Les motifs géométriques ou linéaires, les volumes se font les représentants de l’art abstrait ou cubiste ; tandis que les thèmes marins et végétaux défendent la tendance Modern’style à grand renfort de lignes courbes, de couleurs contrastées et de matériaux précieux.

LES ARTISTES

Paul IRIBE (1883 1935)

Dessinateur français qui travaille à tous les arts, du cinéma au théâtre et de la peinture à l’orfèvrerie, il dessine des meubles qu’il fait ensuite exécuter. Son style est néo classique mais largement inspiré par l’ornementation riche et sinueuse de la Belle Epoque.

Jacques Emile RUHLMANN (1879 1933)

Ebéniste français qui voulut perpétuer la grande tradition classique française et qui y réussit avec beaucoup de brio.

Les meubles de Ruhlmann sont parfaits aussi bien dans leur forme que dans leur exécution. Ce sont des pièces souvent luxueuses, largement garnies de nacre, d’ivoire et de cuir.