Decoration : Le modern’style
Le Modern’style est un style d’avant guerre qui a vu le jour à la Belle Epoque mais qui malheureusement n’eût pas le temps de parvenir à maturité, stoppé dans sa croissance par le premier conflit mondial. S’il a beaucoup marqué son époque, il n’en reste pas moins un style expérimental, né dans les ateliers d’ébénistes et jamais fabriqué en grande série. De plus, les artisans n’ayant pas conçu le mobilier dans son ensemble, des éléments essentiels manquent tels que les secrétaires et les commodes.
Néanmoins, le Modern’style est le premier style caractéristique du XXO siècle. Les artistes de cette période tentent de créer un art nouveau et original qui apparaît à notre regard comme un étrange et fascinant mélange de sinuosités et de méandres. Jamais style ne fut aussi exubérant. Le mobilier, aux arabesques multiples, se fond dans un décor surchargé de bibelots, de tentures, de tapisseries, de tableaux et de coussins brodés donnant une atmosphère étrange où l’Orient et l’Occident se confrontent et s’opposent en une rivalité éclectique inépuisable.
LES MATÉRIAUX
Le bois est essentiellement utilisé pour le mobilier décoré principalement de moulures et de sculptures.
Les bois sont en acajou du Brésil, de couleur rouge sombre ou parfois plus jaune. En dehors de l’acajou, plaqué ou massif, les artisans emploient le noyer, le poirier, le chêne. L’ébène et le sycomore servent pour la marqueterie.
On emploie beaucoup les métaux : fer, acier, bronze et fonte, qui se travaillent facilement et peuvent prendre toutes sortes de formes sinueuses et tourmentées. Le métal est généralement utilisé brut ; le bronze doré et le fer peint disparaissent ainsi que les métaux nobles (cuivre, étain, argent) que l’on emploie uniquement comme accessoires du décor.
LE MOBILIER
De conception très particulière, le lit a un sommier bas reposant entre deux chevets de hauteur inégale. La ligne sinueuse est formée d’une mouluration allant sans se rompre d’un pied à l’autre et encadrant un panneau de bois clair généralement marqueté.
Le mouvement de l’encadrement est souvent accompagné d’une seconde mouluration plus courbe et formant des arabesques.
Le Modern’style a produit un grand nombre de tables qui sont souvent de formes et de dimensions très diverses ; néanmoins leurs principaux caractères sont identiques.
Les plateaux n’adoptent pas la traditionnelle forme géométrique, ils ont plutôt la forme d’une pétale de fleur ou d’une longue ondulation.
Le piétement, non symétrique, est lui aussi courbe, épais et dépourvu de toute ornementation.
Les bureaux obéissent aux mêmes règles que les tables ; les formes géométriques courantes sont délaissées au profit de formes ondulées.
Le plateau repose sur deux casiers asymétriques munis de tiroirs. Quatre pieds bas et torses supportent le tout.
L’ornementation est constituée d’ondulations et de torsades qui soulignent les montants et les panneaux des casiers.
Les armoires Modern’style sont hautes et sans fronton. Elles ont une ou deux portes soulignées d’une mouluration sinueuse. Les côtés eux aussi sont moulurés ; les montants et traverses sont garnis de motifs décoratifs.
On trouve des armoires comportant des tablettes sur les côtés ; d’autres peuvent être munies de tiroirs.
Les buffets, sont grands, en acajou ou en poirier ; leurs lignes sont généralement lourdes.
La partie supérieure se compose d’une armoire vitrée d’assez haute taille ; elle repose sur un buffet à deux ou quatre portes.
Les montants et la corniche de la partie supérieure ont un galbe très prononcé.
Comme on le trouvera souvent dans le mobilier Modern’ style, l’ornementation se borne à une mouluration tourmentée qui souligne les vantaux. Parfois, les portes de la partie inférieure sont décorées d’incrustations ou de marqueterie.
Il faut préciser que les buffets sont généralement conçus pour faire partie d’un ensemble. Les formes, les moulurations correspondent à celles des autres meubles de la pièce.
L’ORNEMENTATION ET LES MOTIFS DÉCORATIFS
Le Modern’style tourne résolument le dos à l’ornementation traditionnelle qui veut que les motifs se contentent de souligner la forme des meubles. Dans ce style révolutionnaire, l’ornementation fait partie intégrante du meuble ; elle y est incorporée.
La ligne courbe enchevêtrée en forme de liane orne le mobilier dont toutes les arêtes sont émoussées et ondulées. Le volume et l’épaisseur des sculptures sont faibles.
La marqueterie est toujours utilisée ainsi que l’incrustation ; là aussi les lignes sont courbes, en forme de tiges ployées, de ramages et de lianes.
Les motifs décoratifs sont très souvent empruntés à la flore marine, à la végétation tropicale, aux fleurs exotiques. De manière générale, on aime tout ce qui est entrelacé, inextricable, touffu. Les autres motifs sont rares : on trouve encore qùelques oiseaux et quelques têtes de femmes, mais les motifs géométriques ont complètement disparu.
Le Modern’style fait naître des sièges extrêmement nouveaux. Leur ligne très dépouillée leur donne souvent une allure légère et gracile voire fragile ; l’absence d’ornementation ne fait que renforcer cet aspect.
Fauteuils et chaises ont les mêmes caractéristiques. Le dossier, plutôt haut, a des montants droits, légèrement inclinés et se rejoignant au sommet pour former un arrondi orné d’une moulure à entrelacs.
Le piétement, ainsi que les traverses latérales sont en une seule pièce allant se raccrocher aux montants du dossier après avoir parcouru une ligne sinueuse.
Un fait nouveau : la continuité qui s’établit entre le revêtement du siège et celui du dossier. Cette absence de rupture dans le tissu donne une agréable impression de grâce et d’élégance aux sièges de cette époque.
LES ARTISTES
Emile GALLE 11846 1904)
Verrier et ébéniste français, Emile Gallé est particulièrement connu pour ses créations en verre opaque coloré. Ses verres de formes volontairement irrégulières, sont coulés ou moulés et formés de plusieurs couches colorées.
C’est aussi à Gallé que l’on doit la création de la fameuse école de Nancy dont le but était de promouvoir l’art nouveau.
Louis MAJORELLE (1859 1926)
Ebéniste français qui rejoignit en 1901 l’Ecole de Nancy, il est considéré comme le plus grand ébéniste de l’art nouveau. On lui doit une grande partie des meubles en acajou massif fabriqués à l’époque. Ses productions ont des lignes harmonieuses et hardies, des galbes puissants et une structure solide. Ses meubles sont décorés de bronze aux formes audacieuses inspirées de la flore.
Hector GUIMARD (1867 1942)
Architecte français que l’on ne peut ignorer ne serait ce qu’à cause de ses entrées de métro en forme de tulipes, de bouquets d’algues ou d’entrelacs ruisselants, il construit de nombreux hôtels particuliers et immeubles à Paris qui font scandale. Ce fut un ardent partisan de l’asymétrie et de l’abandon de la ligne droite.
L’Ecole de Nancy réunissait encore beaucoup d’autres artistes parmi lesquels Vellin, Prouvé, Gaillard et Cona.

