La brocante : comment s’y retrouver ?
Là est la question... Le goût des choses du passé a fait fleurir toutes sortes d’échoppes vendant indifféremment le vrai et le faux, la patine et le plaqué crasseux.
Rappelons que la profession d’antiquaire est très réglementée mais que ses clients doivent avoir un confortable budget. C’est ce qui a fait la vogue de la « brocante » où l’on ne met rien de précis et où l’on passe pour tout trouver. Ce serait vraisemblable si les antiquaires n’étaient pas les clients privilégiés des brocanteurs et autres récupérateurs.
Plus sûres sont les salles des ventes aux enchères qui proposent, surtout en province, de fréquents lots de mobilier. Deux idées sont primordiales dans cette chasse aux objets d’autrefois que l’on nomme « la chine »
Dès que l’on s’écarte de l’antiquaire ayant pignon sur rue, il faut s’attendre à devoir restaurer les meubles et objets et, s’il y a des défauts cachés, c’est à ses risques et périls que l’on devra les corriger.
La brocante n’est pas un super marché, en dépit de certaines foires et il est bon d’y aller avec une idée en tête, faute de quoi on rentrerait les bras chargés de bric à brac. La fréquentation régulière d’un « marché aux Puces » et très conseillée.
Si l’on tient fermement à l’authenticité, c’est une question de culture personnelle qui fera de l’amateur un connaisseur. Mais l’industrie de la copie est florissante depuis des siècles et, si l’on n’a pas de goûts irrépressibles de prestige, la qualité d’un meuble ou d’un objet primera tout. D’ailleurs, les artisans spécialisés dans la copie et la patine artificielle connaîtront toujours mieux les trucs de métier que le meilleur amateur.
Faubourg Saint Antoine, à Paris, ils en vivent confortablement.
La vraie brocante, c’est en premier lieu celle des greniers, aussi ferait on bien de fouiner sans vergogne dans les greniers de famille sans pour autant céder au sentimentalisme. Tout ce qui est ancien et chargé de souvenirs n’est pas forcément précieux dans un appartement. Il faut qu’apparaisse au premier coup d’oeil la raison d’un objet digne d’être sauvé et mis en valeur : travail de l’artisan, qualité de la matière, beauté des formes, rareté du modèle.
La brocante professionnelle fait souvent fi de ces réelles valeurs et s’installe dans un confortable jeu d’offre et de demande peu justifié. Il ne faut pas hésiter à marchander dans ces conditionsd’autant que les objets sont tous vendus sans la moindre garantie.
Evidemment, il faudrait être décorateur dans lime pour ne pas céder à la séduction d’un objet ou d’un meuble inattendu et patienter méthodiquement jusqu’à ce que la perle rare survienne. Lier connaissance avec les brocanteurs, fréquenter en passant les salles des ventes (la visite est toujours autorisée au plus tard le matin de la vente), s’enquérir autour de soi n’est jamais peine perdue : la théière qui manquait dans un beau service sera plus vite remarquée et mise de côté à votre intention, par exemple.
Il faut être sainement pessimiste pour courir la brocante et se dire que l’on ne trouvera pas l’objet que l’on cherche tant, mais avec ce pessimisme actif qui oblige à s’arrêter régulièrement pour voir si, à tout hasard...
LES MEUBLES
Chercher dans les styles du XIXe siècle et l’on trouvera : c’était une époque où l’on ne jetait pas et les greniers sont encore pleins de « Louis Philippe » et « Napoléon III ». Par la suite, les modes se sont succédées très vite et les moeurs ont changé : le meuble fait pour durer a été détrôné.
Disons également qu’à de rares exceptions près, la production en série a irrémédiablement abâtardi fauteuils, tables et armoires.
Les meubles campagnards peuvent être plus anciens car la brocante campagnarde est née depuis peu. Les chaises sont très souvent dépareillées lorsqu’elles restent d’un prix raisonnable.
LES OBJETS
De la glace à cadre tarabiscoté au sucrier naïf, la brocante est le royaume des objets hétéroclites. Les énumérer est tout à fait impossible. Disons seulement que les brocanteurs les plus astucieux commencent à classer leur bric à brac selon les modes, puisque l’on assiste au retour de modes d’antan selon un rythme presque régulier.
Mais, sitôt qu’elle présente quelque originalité, qu’elle est de cuivre, par exemple, les prix montent. De toute façon, avant de se jeter sur le moulin à café rustique, l’assiette blanche toute simple ou le verre à lampe à pétrole, on a intérêt à s’assurer que la même chose n’existe pas, au même prix, à l’état neuf chez le plus proche quincailler.
LES OBJETS D’ART
Des tableaux, des gravures, des statuettes... les brocanteurs en sont encombrés. Le meilleur y est très rare, excepté en ce qui concerne les gravures, encore ne sont elles souvent que des pages de vieux volumes dépecés, les gravures originales étant presque toujours rectangulaires dans le sens horizontal, sauf les portraits.
On peut se procurer sans se ruiner des copies de portraits anciens mais leur médiocrité est souvent visible. En tous cas, si le prix n’est pas excessif, il ne faut jamais hésiter à acheter un mauvais tableau doté d’un beau cadre : celui ci pourrait coûter très cher chez un antiquaire.
Ne pas hésiter non plus à acheter un lot dont une seule pièce vous intéresse.
OU SE RENSEIGNER ?
Bien connaître un style ou une époque, c’est pouvoir en déceler les variantes. C’est pourquoi les ouvrages, même illustrés, ne peuvent tout contenir, sous peine de peser plusieurs kilos ! La culture personnelle du « chineur » est une longue patience... Du reste les traités de styles s’intéressent surtout aux pièces maîtresses de chaque époque, pièces qui sont au musée ou chez l’antiquaire. Pourquoi ne pas aller chez ce dernier simplement pour bavarder ?

